OUTREMONT – Nombre de mots : 906 – Temps de lecture : 4 minutes.
Le constructeur suédois Saab a lancé sa campagne de racolage en faveur de son avion de combat d’opérette qu’est le Gripen.
Se sont associés à Saab, IMP, d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, Magellan de Mississauga, en Ontario et CAE de Saint-Laurent, au Québec.
L’assemblage serait confié à IMP qui n’a jamais assemblé d’aéronefs militaires de son existence. L’entreprise sise dans les Maritimes a été impliqué dans des programmes de modernisations des hélicoptères CH-149 Cormorant, CH-124 Sea King et CH-146 Grifon, version militarisée du Bell Model 412, des avions d’entraînement CT-114 Tutor et des avions de patrouille maritime CP-140 Aurora, le nom donné au Canada au P-3 Orion,
Quant à Magellan Aerospace qui est déjà fournisseur du F-35A pour des pièces de structure et de moteur, elle se verrait octroyée la fourniture de pièces structurelles du Gripen et de son moteur, le General Electric F414.
CAE déjà choisi comme fournisseur du F-35A dans le cadre de l’offre de Lockheed Martin au Canada, se verrait confié la fourniture des équipements de formation et de simulation du Gripen au Canada. CAE mange à tous les râteliers. Il faut dire que le gouvernement canadien impose l’entreprise québécoise dans tous ses contrats aéronautiques depuis l’achat par le Canada du Lockheed F-104 Starfighter dans les années 1960 et plus récemment pour ceux des CH-47F, P-8A, F-35A. CAE aurait pu avoir la décence de ne pas se lier à l’offre de Saab pour le Gripen.
Rappelons que depuis longtemps, CAE a profité de tous les programmes militaires et civils américains et a pu racheter l’américaine Reflectone ce qui lui a donné accès aux contrats du DOD.
La reconnaissance du ventre n’est pas l’apanage de CAE qui en dépit de ses prétentions n’est pas le numéro un mondial en simulation et formation des équipages aériens.
Quant à l’argument des flottes mixtes avancé par Mélanie Joly, ministre de l’Industrie du Canada etministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec,il est tout à fait ridicule et farfelu. En fait, ses déclarations sur le sujet sont mensongères.
Les pays clients du F-35 tels que la Belgique, les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l’Australie, la Tchéquie, Singapour et la Roumanie n’alignent déjà ou n’aligneront que des F-35A.
Le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon ou Israël, sans oublier naturellement les États-Unis avec l’US Air Force, l’US Navy et l’US Marine Corps ont un autre type d’avions de combat au côté de leurs F-35 mais nous parlons de forces aériennes bien plus importantes que l’Aviation royale canadienne.
Le Gripen tout comme le Rafale et le Typhoon ne peuvent en aucun cas mener des opérations comme les F-35 de l’USAF, l’US Navy et Heyl Ha Avir ont mené au-dessus de l’Iran. Imaginez participer à des opérations militaires contre les avions russes ou chinois avec des Gripen. De la pure folie.
Le Canada a besoin du F-35A pour faire sa part face à ces menaces.
Washington a beaucoup de patience avec Ottawa sous gouvernement Libéral.
Sous le régime du Conservateur Stephen Harper, les acquisitions par le Canada des avions de transport stratégique Boeing C-17A Globemaser III, des avions de transport tactique Lockheed Martin C-130J Super Hercules et des hélicoptères de transport de moyen gabarit Boeing CH-47F Chinook se déroulèrent sans encombre, dans le respect des délais et des coûts. Il est dommage que le contrat final d’acquisition des F-35A n’ait pas été signé par le gouvernement Harper.
L’arrivée de Justin Trudeau et du Parti libéral du Canada à la tête du Canada marqua un changement déplorable. En campagne électorale, le candidat Libéral Justin Trudeau jura que le Canada ne s’équiperait pas de F-35. Sous son règne, furent malheureusement commandés les avions de recherche et de sauvetage Airbus C295 Kingfisher puis les ravitailleurs en vol Airbus CC-330 Husky, la désignation canadienne de l’A330MRTT. Les tergiversations se sont manifestées envers la signature du contrat d’acquisition des 88 F-35A nécessaires à la sécurité du Canada et à ses engagements envers le NORAD.
Sous le successeur de Justion Trudeau, Mark Carney, ce dernier introduira comme candidat au remplacement des McDonnell Douglas F-18C/D Hornet, le Saab Gripen. L’avion AEW&C GlobalEye, un aéronef aux capacités limitées comparé au standard de l’industrie qu’est le Boeing E-7A Wedgetail, digne successeur du Boeing E-3D Sentry sera choisi bien malheureusement au détriment de l’avion américain. Tout récemment, l’acquisition de seize Sikorsky UH-60L Blackhawk a été suspendue.
Saab, Carney, Joly et les suppôts du Gripen ont beau jeu à raconter n’importe quoi car aussi bien les élus que les journalistes n’y connaissent rien dans le domaine.
Le Bloc québécois et le Parti Québécois devraient agir de leur côté afin de favoriser le F-35, les retombées économiques n’y étant pas négligeables : HerouxDevtek, CAE, L3Com MAS, CMC Electronics.
Chaque F-35 affiche un contenu canadien de 3 millions de dollars et que le programme F-35 portera sur plus de 4000 appareils dont déjà 1300 ont été livrés. En comparaison, Saab a livré environ 300 Gripen.
Le Canada a tout intérêt d’acquérir 88 F-35A et aucun Gripen, aussi bien sur les plans militaire, qu’économique, que technologique, que politique.
Au plus, le Canada pourrait afin de remplacer les antiques CT-114 Tutor des Snowbirds acquérir une dizaine de Boeing T-7A Red Tail, un dérivé du Gripen. De toute façon, le Canada devra songer à l’acquisition de T-7A afin de former les pilotes de ses F-35A.
Diplômé universitaire en histoire, journalisme et relations publiques, en 1993, Philippe Cauchi amorce une carrière de journalisme, analyste et consultant en aérospatiale. En 2013, il fonde avec Daniel Bordeleau, le site d’information aérospatial Info Aéro Québec.
Commentaires