OUTREMONT – Nombre de mots : 1086 – Temps de lecture : 5 minutes.
Nous ne sommes, malheureusement, plus à une surprise près avec le gouvernement Libéral de Mark Carney.
Nous avons les tergiversations autour de l’acquisition de la totalité des 88 Lockheed Martin F-35A Lightning II puis l’achat totalement injustifié des AEW&C GlobalEye et maintenant l’épisode des Sikorsky Blackhawk.
Sur la question du F-35, il est à souhaiter que les tergiversations du gouvernement Carney ponctuées de déclarations sans fondement de Mélanie Joly, n’ont pour but que d’extorquer des retombées économiques supplémentaires de la part de Lockheed Martin. Nous savons que le Canada est certainement le roi des extorqueurs dans le domaine.
Il est important de rappeler que le Canada fait partie est un partenaire de niveau 3 au sein du programme Joint Strike Fighter (JSF) dirigé par le F-35 Joint Program Office (JPO), un engagement continu depuis 1997.
En tant que signataire du protocole d’entente ou MOU, le Canada dispose d’un droit de vote proportionnel au volume d’achat prévu pour orienter les futures mises à niveau de l’appareil. Ce statut a permis ainsi à plus de 110 entreprises canadiennes de s’intégrer directement dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du F-35, générant au moins pour trois milliards de dollars américains en contrats technologiques et de production.
Actuellement chacun des 1300 F-35 en service dans le monde a un contenu canadien d’un peu plus de trois millions de dollars canadiens.
Lockheed Martin évalue que d’ici 2058, le F-35 aura généré des retombées économiques de l’ordre de quinze milliards de dollars canadiens.
Cet aspect n’a d’ailleurs jamais été soulevé aussi bien par l’opposition conservatrice ou bloquiste au Parlement à Ottawa que par les journalistes qu’il est vrai ne connaissent pas grand-chose dans le domaine.
De plus songer au Saab Gripen pour remplacer ou même accompagner un nombre réduit de F-35A est ridicule. Les capacités de l’avion suédois ne se comparent en rien à celles du F-35. De plus, l’offre d’assembler les Gripen chez Bombardier au Québec est risible, l’avionneur québécois n’ayant pas les compétences.
L’achat des GlobalEye de Saab sur plateforme Global de Bombardier est tout aussi ridicule. Quand le gouvernement Carney nous dit qu’il ne veut acquérir des Sikorsky UH-60L Blackhawk sans appel d’offres, c’est exactement ce qu’il a fait avec les Global Eye.
Le Boeing E-7A Wegdetail est le digne successeur du Boeing E-3 Sentry, la référence en termes de plateformes AEW&C depuis la fin des années 1970. La taille et le volume de la cabine de l’E-7A est presque le triple celle du GlobalEye, 175 à 185 mètres cubes contre 57 ce qui permet l’emport de bien plus d’équipement maintenant et dans le futur. De plus, la cellule du E-7A qui est celle de l’avion de ligne 737-800IGW peut être prise en charge partout dans le monde du fait de l’énorme flotte mondiale de 737 ce qui n’est pas le cas de celle du Global Eye dérivé du jet d’affaires Bombardier Global 6000.
La cabine du E-7A affiche une longueur de 24 mètres, une largeur de 3,53 mètres et une hauteur de 2,20 mètres contre seulement respectivement pour le GlobalEye, 14,6 mètres, 2,5 mètres et 1,91 mètres. Ainsi le Boeing E-7A accueille de 10 à 12 consoles contre seulement 5 à 7 pour le GlobalEye.
Côté radar, la portée de ceux du E-7A atteint les 850 km et ceux du GlobalEye, les 650 km selon le mode utilisé.
Le GlobalEye ne se distingue qu’au chapitre de l’endurance en vol qui est de 11 à 13 heures contre 9 à 10 pour le Wedgetail. Ceci ne tient pas compte que ce dernier est ravitaillable en vol contrairement à son concurrent ce qui permet des vols bien plus longs que ceux du GlobalEye en plus d’offrir assez de place en cabine pour loger confortablement une seconde équipe de pilotes.
Finalement, le gouvernement de Mark Carney gèle l’acquisition de 16 hélicoptères Sikorsky, une division de Lockheed Martin depuis 2015, UH-60L Blackhawk afin d’amorcer la première des trois phases du remplacement des Bell Helicopter CH-146 Griffon, une version militarisée du Bell Model 412 dans le cadre du projet projet nTACS (Next Tactical Aviation Capability Set) ou en français, Ensemble de capacités de l’aviation tactique de prochaine génération.
Fort de la francophilie maladive de Mark Carney, Airbus Helicopters promet encore une fois mer et monde au Canada en proposant son H175M qui serait ‘construit’ au Canada.
Rappelons qu’Airbus Helicopters Canada établi à Fort Érié, en Ontario, se limite à assembler des kits venus de France, de Germanie et d’Espagne afin de pouvoir apposer le seau ‘Made in Canada’ sur les hélicoptères livrés. De plus, aucune recherche ne s’y fait. Cela se comprend très bien en sachant que moins de 300 personnes œuvrent chez Airbus Helicopters à Fort Éri contre 1600 chez Bell Helicopter Textron Canada à Mirabel, en banlieue nord de Montréal.
Le Sikorsky UH-60L est une machine éprouvée contrairement à l’Airbus Helicopters H175M et, de plus adoptée par les États-Unis et de nombreux alliés facilitant ainsi l’interopérabilité.
Encore une fois, le gouvernement Libéral revient sur le meilleur choix en matière d’hélicoptère militaire de gabarit intermédiaire puisque plus de 5000 ont été livrés à 33 pays dans le monde.
Néanmoins, il ne faut pas croire que les militaires canadiens vont se faire facilement imposer les choix d’un premier ministre dogmatique.
Comme le reporte Radio-Canada, Denis Thompson, un major-général à la retraite et ancien commandant de forces d’opérations spéciales, souligne que Ottawa doit penser à long terme en procédant aux achats de matériel militaire. Il précise que le président Trump est là pour encore deux ans alors que le matériel acheté servira pendant 20 ou 30 ans. De mauvais choix conséquence d’un choix politique ou idéologique coûtent cher en argent et souvent en vies humaines.
L’Australie, la Norvège et la Suède ont abandonné leurs NH90, un produit d’Airbus Helicopters, Leonardo Helicopters et Fokker pour finalement acquérir des Sikorsky H-60 Seahawk et l’Australie, l’Airbus Helicopters Tigre en faveur du Boeing AH-64A Apache pour des raisons de coûts d’entretien trop élevés et en hausse mais d’un taux de disponibilité trop faible.
Les choix de matériel militaire ne doivent pas dépendre d’une humeur ou de l’idéologie d’un premier ministre ou de retombées économiques exacerbées mais de la réalité opérationnelle et de la qualité et de l’interopérabilité des équipements.
Il est à souhaiter que Mark Carney revienne dans le droit chemin car sous prétexte des élucubrations de Donald Trump, il veut imposer des matériels inadéquats pour des considérations purement politiques.
Diplômé universitaire en histoire, journalisme et relations publiques, en 1993, Philippe Cauchi amorce une carrière de journalisme, analyste et consultant en aérospatiale. En 2013, il fonde avec Daniel Bordeleau, le site d’information aérospatial Info Aéro Québec.
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